« Une requête sur ChatGPT, c’est 1 litre d’eau évaporé ? »
On a tous vu passer ce chiffre alarmant dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Avec l’essor de l’intelligence artificielle générative à l’école ou à la maison, difficile pour les parents de démêler le vrai du faux.
Faisons le point, chiffres scientifiques à l’appui :
L’infox courante : Non, aucune étude scientifique n’a jamais mesuré qu’une simple question posée à une IA consommait 1 litre d’eau.
D’où vient la confusion ?
L’étude de référence souvent citée (menée par des chercheurs de l’Université de Californie à Riverside) évoquait en réalité environ 500 mL d’eau pour une session d’une vingtaine à une cinquantaine de questions sur un modèle lourd — soit de 10 à 25 mL par réponse, et non 1 litre par clic.
Alors, quel est le vrai sujet écologique ?
À l’échelle individuelle, générer un texte court ou une idée d’activité consomme l’équivalent de quelques gorgées d’eau (servant au refroidissement des serveurs et aux centrales électriques). Pas de quoi culpabiliser un ado qui s’en sert pour réviser un exposé !
Le véritable enjeu environnemental n’est pas le geste individuel, mais l’effet d’échelle : des millions d’utilisateurs connectés en continu, l’entraînement de modèles géants et la génération de vidéos lourdes, qui finissent par peser lourdement sur les réseaux électriques et les nappes d’eau locales.
Testez par vous-même : notre simulateur interactif
Pour sortir des raccourcis et comprendre concrètement comment se combinent modèles d’IA, réseaux électriques et systèmes de refroidissement, nous avons conçu un outil interactif en accès libre sur notre site Internet.
En quelques clics, vous pouvez ajuster les paramètres réels et visualiser l’empreinte exacte en eau et en électricité.
Le conseil du Promeneur du net Parentalité du Centre Social :
Inutile de diaboliser l’outil ou d’interdire par peur : apprenons plutôt à nos enfants à l’utiliser avec discernement. S’interroger sur l’impact matériel de nos écrans, c’est déjà faire un pas vers une citoyenneté numérique éclairée.
Combien d’eau et de courant coûte l’IA ?
Explorez l’impact marginal de l’inférence selon l’architecture du modèle, le système de refroidissement du centre de données et le mix électrique du réseau.
Évaporation directe d’eau potable sur site pour dissiper la chaleur latente des baies de serveurs.
L’eau indirecte évaporée par les centrales pour produire le mégawattheure nécessaire au réseau.
Prélevée sur le réseau d’eau potable local ou les nappes municipales.
Évaporée dans les tours aéroréfrigérantes des centrales électriques.
Équivalences Concrètes du Scénario
Comparaison directe des 3 technologies de refroidissement
| Technologie | PUE | Élec. (kWh) | Eau Site (L) | Eau Totale (L) |
|---|
Pour comprendre les relations impliqués dans ce diagramme interactif :
L’empreinte combinée (électricité et eau) de l’inférence d’un modèle de langage s’articule autour de quatre variables physiques interdépendantes :
$$\text{Électricité totale (kWh)} = \frac{E_{\text{calcul}} \times N_{\text{requêtes}} \times \text{PUE}}{1000}$$
$$\text{Eau totale (L)} = \underbrace{\left(\text{Électricité totale} \times \text{WUE}_{\text{direct}}\right)}_{\text{Évaporation sur site (Scope 1)}} + \underbrace{\left(\text{Électricité totale} \times \text{Facteur eau}_{\text{mix}}\right)}_{\text{Évaporation centrale électrique (Scope 2)}}$$
1. Les 4 facteurs de dimensionnement
| Variable | Paramètres typiques | Impact sur le bilan |
| 1. Modèle & Inférence | • SLM / Distillé (8B) : ~0,05 à 0,2 Wh / requête • LLM Standard (70B / Frontier) : ~0,3 à 1,5 Wh / requête • Modèle de raisonnement (CoT / o3 / R1) : ~5 à 30 Wh / requête • Multimodal / Vidéo : ~50 à 250 Wh / tâche | Définit l’énergie brute dissipée par les processeurs (GPU/TPU). |
| 2. Infrastructure & Refroidissement | • Évaporatif standard : PUE ~1,20 | WUE direct = 1,2 L/kWh • Refroidissement à air sec (Dry cooling) : PUE ~1,35 | WUE direct = 0 L/kWh • Immersion liquide : PUE ~1,08 | WUE direct = 0 L/kWh | Arbitre entre surconsommation électrique (ventilateurs/compresseurs) et consommation d’eau municipale sur site. |
| 3. Mix Électrique (Réseau) | • Nucléaire / Hydro lac (ex. France/Suède) : ~1,5 à 2,5 L/kWh élec • Moyenne mondiale (Charbon/Gaz/Mixte) : ~3,0 à 4,5 L/kWh élec • 100 % Solaire PV / Éolien : < 0,05 L/kWh élec | Détermine l’eau indirecte évaporée en amont par les centrales pour produire le courant. |
| 4. Demande & Échelle | Du lot unitaire (1 000 requêtes) à l’échelle industrielle (10 millions de requêtes/jour). | Multiplicateur linéaire qui transforme des millilitres individuels en mètres cubes industriels. |
2. Enseignements structurels
- Le paradoxe du « zéro eau sur site » : Passer à un refroidissement à air sec ou à une boucle fermée sans eau (dry cooling) élimine le prélèvement d’eau local (WUE direct = 0), mais augmente la facture électrique du datacenter (PUE plus élevé), ce qui accroît l’eau évaporée en amont par la centrale électrique si le réseau n’est pas 100 % éolien/solaire.
- L’impact démesuré du mode « raisonnement » : Un modèle qui déploie une chaîne de pensée (Chain-of-Thought) génère 15 à 30 fois plus de calcul par requête qu’un modèle standard, multipliant instantanément l’empreinte eau et électricité dans les mêmes proportions.
- La localisation géographique : Un datacenter situé sur un réseau décarboné avec refroidissement par immersion minimise simultanément le carbone, le PUE et l’eau directe, déplaçant le facteur limitant uniquement sur la fabrication du silicium.
3. Le mix energetique et l’évaporation :
| Filière énergétique | Consommation nette d’eau (L / kWh produit) | Mécanisme physique de la perte |
| Éolien | ~0 L | Aucun refroidissement, aucun cycle thermique. |
| Solaire photovoltaïque | ~0,01 à 0,05 L | Uniquement le nettoyage des panneaux. |
| Gaz naturel (cycle combiné) | ~0,7 à 1,5 L | Refroidissement de la turbine à vapeur (tour aéroréfrigérante). |
| Nucléaire (circuit fermé) | ~1,5 à 2,5 L | Évaporation dans les tours de refroidissement pour condenser la vapeur. |
| Charbon | ~1,8 à 3,0 L | Évaporation thermique dans les tours de refroidissement. |
| Hydroélectricité au fil de l’eau | ~0 L | Aucun stockage, la rivière s’écoule directement dans la turbine. |
| Hydroélectricité avec grand réservoir | ~5 à 50+ L (très variable) | Évaporation naturelle de surface du lac artificiel créé par le barrage. |
Que répondre à une personne qui vous dira qu’on trouvera toujours des solutions pour réduire les impactes écologiques du progrès technique ?
L’angle d’attaque consiste à lui montrer que le problème n’est pas un manque d’idées ou de technologies, mais un conflit entre une croissance exponentielle et des limites matérielles dures.
Voici trois approches selon le profil de la personne :
1. L’approche par l’histoire technique (Le paradoxe de Jevons vulgarisé)
« C’est vrai que les ingénieurs trouvent toujours des solutions pour optimiser les machines : un moteur ou une puce consomme aujourd’hui infiniment moins par calcul ou par kilomètre qu’il y a vingt ans. Mais regarde ce que l’histoire nous apprend systématiquement : dès qu’une ressource devient moins chère et plus efficace à utiliser, au lieu d’en consommer moins au total, on multiplie les usages de façon exponentielle. L’optimisation technique n’a jamais réduit la demande globale, elle l’a toujours accélérée. »
« L’effet reBond, c’est comme le permis de tuer de James Bond,
mais…
… en plus insidieux »
2. L’approche par la thermodynamique (Les limites physiques infranchissables)
« La technologie peut optimiser des rendements, mais elle ne peut pas réécrire les lois de la physique. Pour faire du calcul ou déplacer de la matière, il faut dissiper de l’énergie et utiliser des atomes (cuivre, silicium, eau, métaux rares). Même si on trouvait une énergie infinie et propre demain matin, la physique impose que cette énergie finisse dissipée sous forme de chaleur et nécessite des infrastructures matérielles bien réelles. Le progrès technique repousse le mur, mais il ne le fait pas disparaître. »
3. L’approche socratique (Poser la question du facteur d’échelle)
« Si on gagne 20 % d’efficacité énergétique sur une technologie, mais que son usage augmente de 300 % sur la même période, comment la seule technologie peut-elle combler le différentiel sans qu’on touche aux usages ? »
Mais pour un travailleur social, est-ce que le temps gagné en vaut bien la peine ?
« Les serveurs consomment de l’eau, de l’électricité et que ça pousse à la surconsommation… Mais moi, si l’IA me fait gagner 45 minutes sur un compte-rendu ou un formulaire de demande d’aide, ce sont 45 minutes que je passe en face-à-face avec une personne qui en a besoin. Le temps gagné pour du vrai lien social vaut largement l’impact technique, non ? »
Il ne s’agit absolument pas de culpabiliser l’utilisation de l’outil quand il sert une mission d’intérêt général.
Si dépenser quelques dizaines de wattheures et quelques millilitres d’eau permet de dégager trois quarts d’heure d’écoute active, de pédagogie ou d’apaisement avec un usager, le bilan humain et social est évidemment positif.
À l’échelle d’un geste professionnel, l’arbitrage est juste : on délègue une tâche administrative à faible valeur humaine pour réinvestir ton temps là où aucune machine ne te remplacera jamais.
Le vrai point de vigilance collective, ce n’est pas une éthique individuelle, c’est ce que l’institution fait de ce temps gagné.
L’histoire de l’informatique dans le travail social nous montre un mécanisme récurrent :
- Ce que le travailleur veux faire : Automatiser la corvée administrative pour passer plus de temps avec les gens.
- Ce que la gestion institutionnelle risque d’en faire : Constater que le dossier prend 15 minutes au lieu d’une heure, et en déduire qu’on peut doubler la file active, exiger trois fois plus de bilans d’évaluation chiffrés, ou justifier des non-remplacements de postes parce que « maintenant, avec l’outil, ça va plus vite ».
C’est là que se situe le piège technologique : sans un cadre collectif clair, le temps libéré pour l’humain est très vite aspiré par une nouvelle couche de bureaucratie automatisée ou une cadence accrue.
Comment on se positionne alors ?
On utilise l’outil comme un levier pour se protéger de la corvée bureaucratique, mais on sanctuarise collectivement le temps humain récupéré.
L’enjeu de cet atelier n’est pas de jeter l’ordinateur par la fenêtre, ni de faire bruler la planete, mais d’avoir conscience des dérives (écologiques globales et managériales locales) pour ne pas laisser la technique dicter nos priorités professionnelles. »
J’ai mis en ligne l’outil un peu rapidement et en fait il ne fonctionnait pas correctement. Je suis navré si vous avez tenté de l’utiliser avant La correction des erreurs. En plus de corriger l’erreur, je viens de modifier l’affichage des unités de mesure pour les rendre beaucoup plus compréhensibles et lisibles.